Ne pas oublier d’où il vient d’abord. Ça aide à garder les pieds sur terre. Je reviens encore chez moi, où je reste allongé à côté de mon père, à parler de la pluie et du beau temps parce qu’il ne saurait pas me parler d’autre chose, de toute façon. Durant mon parcours, beaucoup de mains m’ont été tendues, de nombreuses personnes m’ont aidé et je leur en suis reconnaissant. La réussite à l’étranger n’est pas exceptionnelle, beaucoup de jeunes Marocains ont réussi, mais on parle rarement d’eux. Ce sont des gens très fiers de leurs racines.
Pas vous, apparemment. Vos petites manières parisiennes font oublier que vous venez du quartier Taqadoum à Rabat !
J’ai toujours trompé mon monde. Quand je suis arrivé en France, je n’étais pas fier de mon milieu d’origine, je n’étais pas bien dans ma peau. Un jour, alors que j’étais invité chez la famille d’une petite amie, sa mère ne s’est pas empêchée, vu mes manières, de jurer que je venais d’une famille noble. Toute mon éducation, je l’ai faite moi-même. J’ai toujours observé les autres et essayé de faire pareil.
Vous collectionnez les rencontres : Chirac, De Villepin, etc. Qu’est-ce que cette boulimie de vouloir à tout prix avoir accès aux décideurs ? Une revanche ?
Ce n’est pas une boulimie, mais c’est grâce aux décideurs que je fais avancer les causes et les intérêts que je défends. Et ça, je l’ai très vite compris.
Que seriez-vous devenu sans Aherdane ?
Je ne serai peut-être pas en train de vous parler à Paris aujourd’hui. Aherdane, alors ministre de la Défense, sortait d’une villa à côté de chez moi, dans le quartier des riches. Vu la belle voiture qui l’attendait, j’étais sûr que ça devait être un ministre, quelqu’un d’important. Je l’ai donc interpellé, alors que je n’étais qu’un enfant, pour lui demander du travail pour ma sœur. Amusé, il m’a remis une lettre pour Khatib, alors président du Parlement. Plus tard, je suis revenu le voir pour intégrer le lycée militaire, où j’ai découvert ma passion pour la peinture et que j’ai déserté très vite.
Gharbaoui, celui qui vous a initié à la peinture, est décédé sur un banc public… Il n’a pas su jouer le jeu, selon vous ?
Non, je dirais simplement que la vie est injuste. Paris est une ville difficile à intégrer, à dompter. Gharbaoui et Cherkaoui sont les plus grands peintres marocains, ce sont eux qui ont ouvert les portes à notre génération. Je garde pour Gharbaoui une reconnaissance infinie.
Vous êtes un peintre du sérail ?
Qu’est-ce à dire ?
Que vous avez la faveur des rois…
Des présidents et des ministres aussi. |