L’espace du signe est intime. C'est ce qui ressort de la fréquentation des oeuvres de Mehdi Qotbi, à partir de l'usage qu'il fait de l'écriture arabe en peinture. L’espace est là tout entier occupé par la savante propagation du signe. Cette totalité ne supporte dans la page aucune frontière du vide, aucun hiatus, pas un insignifié. Ce qui veut dire que cet espace se renforce et s'accomplit dans sa profondeur même. Les rencontres se jouent sous la trame, les évidences s'y embusquent. À même la prolifération, l'oeil guette ces profondeurs que je nommais intimité, qu'il faudrait plutôt désigner comme une seule tremblante révé1ation.
Une telle accumulation, sans réserve et par conséquent toujours menacée, nuance à l'infini les couleurs du peintre, souvent données dans une patine monochrome qui est une ruse du révélé. La transparence nuage ainsi les roses grisés, les bleus qui doucement s'évertuent: la force fragile de toute cette apparence jetée en voile sur l'abîme où est gardé le secret Dans le creuset du temps, la calligraphie arabe, signe concret de l'âme, recouvre, pour la révéler, la respiration sourde du nasard. La peinture de Mehdi Qotbi est ce nasard nécessaire qui nous transporte aux limites de nos connaissances: là où la totalité nous touche de son souffle, qui jamais ne s'épuise. |