Je tiens à remercier tous les artistes, écrivains et poètes qui m'ont fait l'honneur pendant toutes ces années, de soutenir mon travail, et notamment tous ceux qui m'ont offerft leur texte pour accompagner mapeinture à l'occasion de différentes expositions.
Que leur générosité et leur amitié fidèle, m'autorisant à publier leurs textes, soient ici saluées.

Yves Bonnefoy    |     Edouard Glissant     |     Michel Jobert      |      Mohammed Khaireddine     |     André Pieyre de Mandiargues

 

 Michel Jobert

 
     

3 janvier 1984
Les lettres sont décoratives. L'écriture est une architecture qui enclôt dans sa fine résille l'âme des peuples. La chinoise, la japonaise, l'arabe rivalisent de poésie et d'équilibre. Elles émeuvent par leurs échafaudages savants, leurs vagues déferlantes, par ces houles de signes plus durables et mouvantes que l'histoire millénaire.
L'Orient et le Maghreb savent par cœur cet art ancien qui dissèque ou recompose les versets du Coran. Aucune surprise à l'horizon du passé ou à celui de l'avenir: un univers clos a épousé ses rites et ses habitudes.
Mehdi Qotbi connaît cette patience et cette incantation. Elles le possèdent, guident inlassablement sa main minu­tieuse d'un bord à l'autre du tableau. Un «sin » se répète à l'infini, même pas un mot, une seule lettre. Quel acharnement pour dire et redire un son aux yeux éberlués!
Avec Qotbi, tout change cependant: voici que l'immuable décor frémit dans ses profondeurs. La couleur et le mouvement naviguent ensemble sous la trame des lettres. D'imperceptibles audaces de la main, risquées, ligne à la ligne, éveillent l'abstrac­tion à la vie. Le soleil et les nuages courent sur les collines. L'océan n'est pas loin, profond, puissant L'arbre d'une géométrie se prend à aimer le vent: les feuilles se sont envolées si loin que l'automne ou le printemps sont devenus notre destin. Dieu! je répéterai ta gloire avec des lèvres immobiles jusqu'à ce que la sécheresse les fasse éclater. Mais en même temps, je vivrai la jubilation et la force des éléments, je courrai comme la lumière sur les vagues et les champs de blé, quand ils fleurissent. Je serai la vie souterraine et l'eau cachée au plus creux des sols arides. L'univers alphabétique, pris d'une ivresse tellurique, rêve enfin à la création du monde, cette naissance commencée en apothéose.

Voici Qotbi, l'ouvrier inspiré de Dieu et des hommes


   
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