Pour lire Qotbi, il faut d'abord savoir lire le tressaillement du sable fin des déserts. Et pour voir correctement ses couleurs, tracées en signes nouveaux, il faudrait recourir à la connaissance des éclats diamantaires... et à ce miroir magique que j'avais évoqué dans « une odeur de mantèque". Miroir constamment cassé et constamment recomposé par un super vieux qui fréquentait le diable, Dieu et la nature. Avec les cassures de son être, de son corps même, avec ce trait pictural qui lui est spécifique, Qotbi apporte à notre intelligence un véritable questionnement, car chez lui rien n'est gratuit, ni la coloration, ni la thématique, ni ce que les profanes appelleraient des traits calligraphiques, ce qui n'est absolument pas le cas ici. Ces traits sont une musicalité, qui forment, à l'évidence, la trame de cette texture; tissage d'une complexion quasi philosophique, nous y voyons quant à nous l'apprentissage d'un nouveau monde tel que le balbutie l'univers... et les histoires de peuples dont nous avons encore mémoire et qui n'en finissent pas de muter. Ce travail est en l'occurrence technique; c'est une recherche qui procède de codes spécifiques sanctionnant la structure prosodique apparente. Recherche laborieuse, telle qu'elle n'a plus été opérée depuis le dadaïsme et le surréalisme, et en démarche solitaire, l'oeuvre de Qotbi est la représentation symbolique d'un univers décomposé mais qui se reconstitue avec violence. Cette symbolique n'est donc pas réfractaire; au lieu d'estomper le visuel elle rend le secret plus visible; il s'agit là, en l'occurrence, d'un paysage textuel magique, car l'inconnu ici apparaît tout à fait clair, diurne et plus jamais négatif. Ces diffractions philosophiques, ces images brisées et très belles sont celles d'un grand créateur; elles ne sont pas du tout formalistes; au contraire, elles nous irriguent d'un sang neuf, celui du savoir et de la puissance créatrice.
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