Peintures gravures écrites
Touches qui vont à perte de vue
Démesure du petit dans le grand
Ineffable tracé de Mehdi Qotbi,
Filet jeté sur moi
Par un heureux d'entre les créateurs
Qui rit dents de marbre
S'il se réjouit de m'avoir capturé
Dans son écrit qui semble être né
Avant que n'ait paru le premier langage
ou après que tous ils furent disparus
Mais que d'écrire la fièvre demeura,
Hors de toute notion d'âge ni de lieu,
Multiples mailles qui ne sont pas des lettres
Mais dont il s'entend qu'elles ont bien à dire
ou mal il se pourrait
Par leur infinie répétition même,
Lettres mots phrases récits oui donc oui
Ou récits phrases mots lettres traits points
Traces traces traces,
Fureur de tracer des traces
Frénésie de poser des touches,
Notes de musique moindre bruit non pas non,
Néographisme silencieux
Qui envahit sans aveu
Tout en douceur,
Filet lancé partout et nulle part
Pour la saisie d'une chose qui n'est pas
Mais qui sera création de beauté
Par ferme vœu de l'auteur,
Ainsi Qotbi rejoint le calligraphe
Par la soumission de l'écriture écrite
à son idéal de beauté terrible,
Ainsi de lui pourrais-je presque dire
Qu'il se joue d'une écriture platonicienne
À laquelle il aurait arraché le sens
Ôté sa signification
Pour la clore en obscure caverne
Fille du Grec mais enclouée à la grotte
où dans le vide du non-être
S'ébattraient les libres couleurs
Déchaînées en revanche de la cécité
Et de l'esclavage de leur maîtresse,
Philosophal miroir où se mire un écrit
Qui n'est pas écriture signifiante mais
Où l'on peut déchiffrer un désir
Incalculable s'il n'est pas nombre non plus
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Ombre de nombre la sombre caverne
Où les mots décharnés
Deviennent points myriades de points
Atomes des pures couleurs
Réponse aux désirs déchiffrés,
Nuit de toutes les nuits grosses de couleurs vives,
Bleus de tous les grains d'un sable bleu
Étendu sur la page sans fin
Du feuillet de Qotbi
Comme en témoin de l'eau à perte de vue
Ou bleuté pâle
Comme en justification du grand air
Notre céleste environnement,
Vert de Qotbi voisin parfois du rose
Vert étendu en très vaste mousse
Lit d'amour où sont enracinés
Les splendides arbres que nous aimons parce
Qu'ils parlent de la terre universelle
Dont le brun clair ou sombre est cuir de bête
Offert à de microscopiques fourmis
Immobiles quoiqu'elles semblent remuer
Par l'artifice de Qotbi toujours,
Vert illimité qui demeure en mémoire
Seul vestige laissé
Par un rouge de forêt amazonienne,
Dernier paru pourtant
Voici le feu après les trois premiers
Inscrit à la force de jaunes et de rouges
Sang qui s'écoule or qui s'épanouit
Luxe et cruauté sur toiles ou papyrus
Que signera ou ne signera pas
Mais qu'offrira Qotbi
Aux quatre vents des quatre éléments
Riant encore comme s'il t'allait mordre
Toi qui tendais la main en quête de signes
Qui t'eussent rendu un espoir d'exister
Si tu les avais pu lire,
Mais non,
Et le message ici qui t'est donné
Conseil aussi
Tu le retrouveras en levant les yeux
Vers l'éclat de midi au ciel
Puis vers la voûte étoilée de la nuit
Dont tu sais n'est-ce pas qu'ils
N'ont de moteur que l'amour.
12 juin 1987 |